De moribus et actis primorum Normanniae ducum (« Des mœurs et des actes des premiers ducs de Normandie ») est une chronique rédigée par Dudon de Saint-Quentin et rapportant l'histoire des premiers « ducs » de Normandie, depuis Rollon jusqu'à Richard Ier.

Gisant de Rollon, cathédrale de RouenDétails du gisant de Rollon dans la cathédrale de Rouen...Dudon de Saint-Quentin est né dans les années 960 dans le Vermandois. L'endroit où il a reçu son éducation est inconnu. En 987, il fut chargé par le comte de Vermandois d'une mission auprès du comte Richard Ier. Il séjourna à plusieurs reprises à Rouen. Richard lui demanda de rédiger une histoire des mœurs et des actes de la terre de Normandie. Après sa mort en 996, la commande fut réitérée par son fils, Richard II, et son oncle, le comte Raoul. Dudon se mit à la tâche. Richement récompensé par les comtes normands pour ses services, il mourut chanoine de Saint-Quentin, au plus tard en 1027.

De moribus et actis primorum Normanniae ducum est le titre donné à l'œuvre par son premier éditeur, André Duchesne, en 1619, en référence aux termes employés, selon Dudon, par Richard Ier. Les manuscrits les plus anciens portent en revanche les titres Gesta ou Historia Normannorum (« Histoire des Normands »).

L'œuvre, qui mêle narrations en prose et commentaires en vers, se divise en quatre livres, qui succèdent à plusieurs poèmes dédicatoires. Le premier livre est consacré, après une évocation de l'origine des Normands et de leurs croyances religieuses, au viking Alstihnus (Hasting), le deuxième à Rollon, le troisième à Guillaume Ier, le quatrième à Richard Ier.

Gisant de Guillaume Longue-Épée, cathédrale de Rouen...et de celui de son fils, Guillaume Longue-Épée.Le De moribus fut repris et complété par Guillaume de Jumièges et ses continuateurs pour la rédaction de la Gesta Normannorum ducum et inspira plusieurs historiens anglo-normands. Les treize manuscrits conservés attestent d'ailleurs de la popularité de l'œuvre.

Pourtant, rédigée dans un style souvent dépeint comme prétentieux et obscur, elle fait également l'objet de jugements sévères quant à sa valeur historique. La première critique fut le fait d'Henri Prentout, en 1915-1916, avec son Étude critique sur Dudon de Saint-Quentin et son "Histoire des premiers ducs normands". Lucien Musset décrit Dudon comme « l'un des esprits les plus faux et les plus prétentieux que l'on puisse rencontrer » et déplore son « influence considérable [qui] n'a servi qu'à répandre d'énormes méprises d'origine érudite » sur le passé scandinave1. Plus récemment, Eric Christiansen concluait, sans nuances, que « Dudo is not a reliable source for the early history of the Normans » et que « the history is all wrong, throughout the book »2.

Œuvre de propagande destinée à servir les intérêts des « ducs » de Normandie – peut-être en démontrant leur légitimité dynastique, elle idéalise les souverains normands : leur pouvoir et leurs exploits sont exagérés, ils sont présentés de manière quasi-hagiographique. Dudon, qui ne cite pas ses sources, hormis une mention du comte Raoul comme informateur, préfère souvent les légendes, puisées dans sa culture classique – telle que les origines troyennes des Normands – aux faits, et il se rend coupable de nombreuses confusions et anachronismes.

Traduction

  • Dudo of St Quentin. History of the Normans. Transl. into English by Eric Christiansen with introd. and notes. Woodbridge : the Boydell press, 1998.
 

1 Musset, Lucien. L'image de la Scandinavie dans les œuvre normandes. In : Les relations littéraires franco-scandinaves au Moyen Âge : actes du Colloque de Liège (avril 1972). Paris : Les Belles Lettres, 1975.
2 Christiansen, Eric. Introduction de : Dudo of St Quentin. History of the Normans. Woodbridge : the Boydell press, 1998. P. xv.