Le Þorvalds þáttr ens víðförla raconte comment, à la fin du Xe siècle, l'Islandais Þorvaldr, accompagné d'un évêque saxon, entreprit de christianiser ses compatriotes.

Début du Thorvalds tháttr ens vídförla dans le manuscrit AM 62 fol.Début du Þorvalds þáttr ens víðförla dans le manuscrit islandais AM 62 fol. (1375-1399)
Stofnun Árna Magnússonar, Reykjavík.
Délaissé par son père, Þórvaldr Koðránsson est élevé par par la prophétesse (« spákona ») Þórdís1.

À l'âge adulte, il entre au service de Svein tjúguskegg, pas encore devenu roi de Danemark, et mène avec lui de nombreuses expéditions. Il se distingue par sa force et son courage, mais aussi par sa justice, sa générosité et sa charité, « même s'il était toujours païen ».

Þorvaldr se convertit au christianisme, baptisé par l'évêque saxon Friðrekr, à qui il propose de l'accompagner en Islande, pour y prêcher la vraie foi à ses compatriotes.

Parcourant l'île2, ils y réalisent des conversions, notamment grâce aux miracles accomplis par Friðrekr3.

Mais leur mission suscite aussi la haine des païens4. Ils sont à plusieurs reprises protégés par des interventions divines, mais Þorvaldr commet aussi des meurtres, ce qui conduit à sa séparation avec l'évêque.

Par la suite, Þorvaldr, accomplit de nombreux voyages (d'où son surnom de « grand voyageur »), se rendant à Jérusalem, à Constantinople, puis en Russie, où, envoyé par l'empereur, il bâtit un monastère et finit ses jours.

L'une des variantes du þáttr5 relate sa rencontre avec Ólafr Tryggvason, à qui il prédit qu'il deviendra roi de Norvège, et que c'est à lui qu'il reviendra de convertir l'Islande.

Il existe, en effet, plusieurs versions de ce récit. La plus complète est comprise dans l'Óláfs saga Tryggvasonar en mesta, en particulier dans le manuscrit AM 61 fol. et, plus brièvement, dans le Flateyjarbók. Une autre figure dans le manuscrit sur papier AM 552 kα 4to. Une variante apparaît aussi, de façon abrégée, dans la Kristni saga, dont elle forme les premiers chapitres (1-4). Plusieurs autres sources font référence à des épisodes du þáttr (la Vatnsdæla saga, ch. 46, notamment).

Si l'Óláfs saga Tryggvasonar en mesta peut être datée du début du XIVe siècle, le þáttr trouve certainement son origine dans la version latine, aujourd'hui disparue, de l'Óláfs saga Tryggvasonar, composée au début du XIIIe siècle par le moine Gunnlaugr Leifsson (à qui il est d'ailleurs fait référence à deux reprises : ch. 4 et 8), comme le montrent certaines tournures où l'influence latine est discernable6. Il est d'ailleurs parfois attribué à Gunnlaugr lui-même.

Quel qu'en soit l'auteur, l'objectif du þáttr est évidemment de démontrer la supériorité du christianisme sur le paganisme. Ainsi que conclut Siân Grønlie dans son article consacré aux miracles dans le Þorvalds þáttr ens víðförla, « ces miracles démontrent l'intervention de Dieu dans l'histoire islandaise, son contrôle suprême sur les éléments et la supériorité du rite chrétien sur toute forme de magie païenne. Ils comportent un fort avertissement (tant pour le lecteur contemporain que pour les protagonistes historiques) quant aux tromperies du paganisme et aux dangers de la tentation démoniaque, quant à la cécité spirituelle des incroyants et aux flammes éternelles de l'enfer7».


1 Un personnage qui apparaît également dans la Vatnsdæla saga et la Kormáks saga.
2 Entre 981 et 986. Ari Þorgilsson, dans l'Íslendingabók (ch. 10) évoque Friðrekr comme le premier évêque étranger venu en Islande, au cours de la période de la période païenne. Il est également brièvement mentionné dans la Hungrvaka (ch. 3).
3 Il chasse ainsi le prophète (« spámaðr ») du père de Þorvaldr – peut-être un landvættr, ou un nisse, ou encore un elfe ou un ancêtre mort... (Grønlie, p. 482-83) – de la pierre où il résidait en l'aspergeant d'eau bénite, ou marche à travers des flammes dans lesquelles ont péri deux berserkir. Le premier est l'un des nombreux exemples de récits dans lesquels les anciens esprits païens sont chassés par l'arrivée du christianisme, et trouve un parallèle dans les Dialogues de Grégoire le Grand (Grønlie, p. 480-81). Le second trouve lui aussi de multiples équivalents, tant dans la Bible que dans de nombreuses vies de saints (Grønlie, p. 489-91).
4 Qui font ainsi composer à leur encontre le nið suivant :
« L'évêque a porté
neuf enfants
De tous
Þorvaldr est le père ».
5 Celle du Flateyjarbók.
6 Kristnisaga ; Þáttr Þorvalds ens Viðförla ; Þáttr Ísleifs biskups Gizurarsonar ; Hungrvaka. Herausgegeben von Bernhard Kahle. Halle a.d.S. : M. Niemeyer, 1905. P. xvi-xvii.
7 Grønlie, p. 494.

Traduction

  • The Tale of Thorvald the Far-Travelled. Transl. by John Porter. In : The complete sagas of Icelanders, including 49 tales. Vol. V. General editor, Viðar Hreinsson ; editorial team, Robert Cook et al. ; introduction by Robert Kellogg. Reykjavík : Leifur Eiríksson Publishing, 1997. P. 357-372.

Sources

  • Grønlie, Siân. "Reading and Understanding": The Miracles in Þorvalds þáttr ens víðförla. The Journal of English and Germanic Philology, 112-4 (October 2013).
  • Jochens, Jenny. Old Norse Magic and Gender: Þáttr Þorvalds ens Víðförla. Scandinavian Studies, 63-3 (Summer 1991). P. 305-317.