L'Ásmundar saga kappabana (« Saga d'Ásmundr, tueur de champions ») est une courte saga légendaire racontant le combat à mort entre deux demi-frères.

Ásmundar saga kappabana dans le manuscrit AM 586 4toL'Ásmundar saga kappabana dans le manuscrit AM 586 4to (deuxième moitié du XVe siècle).
Reykjavík, Stofnun Árna Magnússonar.
Cette saga légendaire a sans doute été rédigée à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle.

Elle débute à la cour du roi de Suède Buðli. Buðli force deux nains à lui fabriquer deux épées, mais ils l'avertissent que la seconde causera la mort des fils de sa fille. Aussi le roi la fait-il sombrer dans un lac.

Sa fille, Hildr, a deux fils. Le premier, nommé Hildibrandr, est fils de l'héritier du royaume du Húnaland. Le second, Ásmundr, est fils d'un guerrier danois qui l'a enlevée.

Ils deviennent chacun de grands guerriers, ignorant l'existence l'un de l'autre, même si des allusions sont faites à leur ressemblance.

Poussé par Æsa, fille d'un roi danois dont le père a été tué par Hildibrandr, Ásmundr décide d'affronter son demi-frère, armé de l'épée noyée dans le lac, dont Æsa lui a révélé l'existence.

Il affronte d'abord, seul, une succession de champions de Hildibrandr, un, puis deux, puis quatre, puis cinq, puis six, puis sept, puis huit, et enfin onze, qu'il vainc tous.

En apprenant la mort de tous ses hommes, Hildibrandr est pris d'une rage de berserkr (« berserksgangr ») telle qu'il tue son fils.

Puis, il affronte Ásmundr. Alors qu'il est mortellement blessé, il déclame quelques strophes remémorant son destin. La fraternité des deux guerriers est alors révélée.

Ásmundr s'en retourne. Il récite également quelques strophes évoquant ses combats. La saga se conclut par son mariage avec Æsa.

Ce conflit entre deux demi-frères était connu de Saxo Grammaticus, comme l'atteste le Livre VII de la Gesta Danorum, qui montre l'affrontement entre Hildigerus et Haldanus.

L'identité d'inspiration est démontrée, non seulement par un grand nombre de traits communs – ainsi les combats successifs de Haldanus contre un nombre croissant d'adversaires, mais aussi par le fait que Saxo conclut son récit par deux poèmes, dont certains passages paraphrasent les poèmes norrois1.

Hildebrandslied dans le manuscrit 2° Ms. theol. 54Premier feuillet du Hildebrandslied dans le manuscrit 2° Ms. theol. 54 (830-840).
Kassel, Universitätsbibliothek.
Ces poèmes présentent un intérêt particulier. De forme eddique – ils sont composés en fornyrðislag, ils appartiennent au corpus qualifié par Andreas Heusler et Wilhelm Ranisch d'Eddica minora, où ils sont nommés Hildibrands Sterbelied (« Chant funèbre de Hildibrandr ») et Ásmundr auf der Hochzeit (« Ásmundr au mariage »).

Antérieurs à l'Ásmundar saga, peut-être constituaient-ils le seul point de départ de l'auteur de la saga, qui s'est efforcé d'y intégrer leur matériau, tout en ayant recours, pour construire son récit, à des personnages types (la princesse à marier) et à des motifs traditionnels (les épées maudites) des sagas légendaires.

Le nom de Hildibrandr, et la référence contenue dans son poème au fils à qui il a « involontairement refusé de vivre », renvoient cependant à une tradition bien plus ancienne que les vers norrois. Ils évoquent, en effet, le Hildebrandslied, le plus ancien lai héroïque germanique, composé vers 800 en vieux haut allemand. Ce poème, qui n'est conservé que de façon fragmentaire, montre l'affrontement en combat singulier entre un père et son fils, champions de deux camps adverses. Il s'achevait sans doute par la mort du fils.

Sous une forme ou sous une autre (poèmes ou saga orale), l'histoire de Hildibrandr était connue en Scandinavie au cours du XIIe siècle. Elle était toutefois oubliée lorsque l'Ásmundar saga fut composée. La mort du fils, dont il n'a jamais été question auparavant, y est traitée de façon désinvolte. Chez Saxo, elle n'apparaît pas dans la narration, mais Hildigerus évoque, dans son poème funèbre, son bouclier, sur lequel sont représentés les combats qu'il a menés. Y figure l'image de son fils, dont il rapporte alors qu'il a causé la mort.

L'Ásmundar saga ne présente du reste pas la tonalité tragique du Hildebrandslied. Elle est traitée dans l'esprit d'une saga d'aventures divertissante, où la mort de Hildibrandr est promptement suivie d'un mariage.

La saga est préservée dans deux manuscrits : SKB 7 4to, du début du XIVe siècle, et, en partie seulement, AM 586 4to, du XVe siècle.


1 Ainsi, à :
 
« Þik Drótt of bar
af Danmörku,
en mik sjálfan
á Svíþjóðu. »
 
correspond, chez Saxo :
 
« Danica te tellus, me Sueticus edidit orbis;
Drot tibi maternum quondam distenderat uber;
hac genetrice tibi pariter collacteus exsto. »
 

Traductions

  • Die Saga von Asmund Kappabani. In : Isländische Vorzeitsagas. Herausgegeben und aus dem Altisländischen übersetzt von Urlike Strerath-Bolz. München : Diderichs, 1997. P. 17-35.
  • The Saga of Ásmundr, Killer of Champions. Translated by Alison Finlay. In : Making history : essays on the fornaldarsögur. Edited by Martin Arnold and Alison Finlay. London : Viking Society for Northern Research, University College London, 2010. P. 119-139.